Onvoit ce que je vois et ce que vous voyez ; On est l'homme mauvais que je suis, que vous ĂȘtes ; On se rue aux plaisirs, aux tourbillons, aux fĂȘtes ; On tĂąche d'oublier le bas, la fin, l'Ă©cueil, La sombre Ă©galitĂ© du mal et du cercueil ; Quoique le plus petit vaille le plus prospĂšre ; Car tous les hommes sont les fils du mĂȘme pĂšre ; LƓuvre : Les Contemplations, livres I Ă  IV, 1856. Le recueil poĂ©tique Les Contemplations est Ă©crit par Victor Hugo en exil et publiĂ© en avril 1856. OrganisĂ© en deux parties, le recueil traite surtout du deuil. En effet, en 1843, Victor Hugo perd sa fille LĂ©opoldine. Dans ce recueil, il aborde avec lyrisme la mort et le chagrin. 18021822. 1802. Naissance de Victor Hugo le 26 fĂ©vrier Ă  Besançon oĂč son pĂšre, LĂ©opold, est en garnison. Celui-ci, soldat de la rĂ©volution puis de l’Empire fera l’essentiel de sa carriĂšre auprĂšs de Joseph Bonaparte. Il a Ă©pousĂ© en 1797, Sophie TrĂ©buchet, vendĂ©enne, royaliste. Vay Tiền Nhanh. Voici 3 textes de Victor Hugo dĂ©crivant des exĂ©cutions capitales au XIX° siĂšcle Son combat contre la peine de mort fut permanent. Il Ă©crivit » le dernier jour d’un condamnĂ© » dĂšs 1832 et utilisa tout son talent de poĂšte, de romancier et d’orateur pour peser de tout son poids pour l’abolition de tous les gibets. Il ne refusa jamais de prĂȘter son nom pour aider Ă  un recours en grĂące. Dans ces trois textes, il n’hĂ©site pas Ă  théùtraliser l’exĂ©cution, Ă  faire ressortir les dĂ©tails les plus terribles pour arriver Ă  son effet. C’est magistral. Thierry Poinot Victor Hugo contre la peine de mort Le dernier jour d’un condamnĂ©, prĂ©face de 1832, extrait Il faut citer ici deux ou trois exemples de ce que certaines exĂ©cutions ont eu d’épouvantable et d’impie. Il faut donner mal aux nerfs aux femmes des procureurs du roi. Une femme c’est quelque fois une conscience. Dans le midi, vers la fin du mois de novembre dernier, nous n’avons pas bien prĂ©sent Ă  l’esprit le lieu, le jour, ni le nom du condamnĂ©, mais nous les retrouverons si l’on conteste les faits, et nous croyons que c’est Ă  Pamiers ; vers la fin de septembre donc, on vient trouver un homme dans sa prison, oĂč il jouait tranquillement aux cartes on lui signifie qu’il faut mourir dans deux heures, ce qui le fait trembler de tous ses membres, car, depuis six mois qu’on l’oubliait, il ne comptait plus sur la mort ; on le rase, on le tond, on le garrotte, on le confesse; puis on le brouette entre 4 gendarmes, et Ă  travers la foule, au lieu de l’exĂ©cution. Jusqu’ici rien que de simple. C’est comme cela que cela se fait. ArrivĂ© Ă  l’échafaud, le bourreau le prend au prĂȘtre, l’emporte, le ficelle sur la bascule, l’enfourne, je me sers ici d’argot, puis il lĂąche le couperet. Le lourd triangle de fer se dĂ©tache avec peine, tombe en cahotant dans ses rainures, et, voici l’horrible qui commence, entame l’homme sans le tuer. L’homme pousse un cri affreux. Le bourreau, dĂ©concertĂ©, relĂšve le couperet et le laisse retomber. Le couperet mord le cou du patient une seconde fois, mais ne le tranche pas. Le patient hurle, la foule aussi. Le bourreau rehisse encore le couperet, espĂ©rant mieux du troisiĂšme coup. Point. Le troisiĂšme coup fait jaillir un troisiĂšme ruisseau de sang de la nuque du condamnĂ©, mais ne fait pas tomber la tĂȘte. AbrĂ©geons. Le couteau remonta et retomba cinq fois , cinq fois il entama le condamnĂ©, cinq fois le condamnĂ© hurla sous le coup et secoua sa tĂȘte vivante en criant grĂące ! Le peuple indignĂ© prit des pierres et dans sa justice se mit Ă  lapider le misĂ©rable bourreau. Le bourreau s’enfuit sous la guillotine et s’y tapit derriĂšre les chevaux des gendarmes. Mais vous n’ĂȘtes pas au bout. Le suppliciĂ© se voyant seul sur l’échafaud, s’était redressĂ© sur la planche, et lĂ , debout, effroyable, ruisselant de sang, soutenant sa tĂȘte Ă  demi coupĂ©e qui pendait sur son Ă©paule, il demandait avec de faibles cris qu on vint le dĂ©tacher. La foule, pleine de pitiĂ©, Ă©tait sur le point de forcer les gendarmes et de venir Ă  l’aide du malheureux qui avait subit cinq fois son arrĂȘt de mort. C’est en ce moment lĂ  qu’un valet du bourreau, jeune home de vingt ans, monte sur l’échafaud, dit au patient de se retourner pour qu’il le dĂ©lie, et, profitant de la posture du mourant qui se livrait Ă  lui sans dĂ©fiance, saute sur son dos et se met Ă  lui couper pĂ©niblement ce qui lui restait de cou avec je ne sais quel couteau de boucher. Cela s’est fait. Cela s’est vu. Oui. Aux termes de la loi, un juge a dĂ» assister Ă  cette exĂ©cution. D’un signe il pouvait tout arrĂȘter. Que faisait-il donc de sa voiture, cet homme pendant qu’on massacrait un homme ? Que faisait-il ce punisseur d’assassins, pendant qu’on assassinait en plein jour, sous ses yeux, sous le souffle de ses chevaux, sous la vitre de sa portiĂšre ? A Dijon, il y a trois mois, on a menĂ© au supplice une femme. Une femme ! Cette fois encore, le couteau du docteur Guillotin a mal fait son service. La tĂȘte n’a pas Ă©tĂ© tout Ă  fait coupĂ©e. Alors les valets de l’exĂ©cuteur se sont attelĂ©s aux pieds de la femme, et Ă  travers les hurlements, de la malheureuse, et Ă  force de tiraillements et de soubresauts, ils lui ont arrachĂ© la tĂȘte par arrachement. A Paris, nous revenons au temps des exĂ©cutions secrĂštes. Comme on n’ose plus dĂ©capiter en grĂšve [ la place de GrĂšve Ă©tait la place des exĂ©cutions capitales] depuis juillet [1830], comme on a peur, comme on est un lĂąche, voici ce qu’on fait. On a pris derniĂšrement Ă  BicĂȘtre un homme, un condamnĂ© Ă  mort, un nommĂ© DĂ©sandrieux je crois ; on l’a mis dans une espĂšce de panier traĂźnĂ© sur deux roues, clos de toutes parts, cadenassĂ© et verrouillĂ© ; puis, un gendarme en tĂȘte, un gendarme en queue, Ă  petit bruit et sans foule, on a Ă©tĂ© dĂ©poser le paquet Ă  la barriĂšre dĂ©serte de Sait Jacques [ Cela marque la sortie de Paris]. ArrivĂ©s lĂ , il Ă©tait huit heures du matin, Ă  peine jour, il y avait une guillotine toute fraĂźche dressĂ©e et pour public quelques douzaines de petits garçons groupĂ©s sur des tas de pierres voisins autour de la machine inattendue ; on a tirĂ© l’homme du panier, et, sans lui donner le temps de respirer, furtivement, sournoisement, honteusement, on lui a escamotĂ© la tĂȘte. Cela s’appelle un acte public et solennel de haute justice. InfĂąme dĂ©rision ! Le 11 juin 1851, Victor Hugo dĂ©fend son fils Charles accusĂ© de manquement grave au respect de la Loi » devant le tribunal. Il avait relatĂ© une exĂ©cution capitale particuliĂšrement atroce. Quoi ? Quoi ? Un homme, un homme, un condamnĂ©, un misĂ©rable homme est traĂźnĂ©, un matin, sur une de nos places publiques ; lĂ  il trouve l’échafaud ; il se rĂ©volte, il se dĂ©bat, il refuse de mourir. Il est tout jeune encore, il a vingt-neuf ans Ă  peine. Mon Dieu ! On va ma dire c’est un assassin ! Mais Ă©coutez deux exĂ©cuteurs le saisissent, il a les mains liĂ©es, les pieds liĂ©s, il repousse les deux exĂ©cuteurs. Une lutte affreuse s’engage. Le condamnĂ© embarrasse ses pieds garrottĂ©s dans l’échelle patibulaire, il se sert de l’échafaud contre l’échafaud. La lutte se prolonge, l’horreur parcourt la foule. Les exĂ©cuteurs, la sueur et la honte au front, pĂąles, haletants, terrifiĂ©s, dĂ©sespĂ©rĂ©s – de je ne sais quel horrible dĂ©sespoir-, courbĂ©s sous cette rĂ©probation publique qui devrait se borner Ă  condamner la peine de mort et qui a tort d’écraser l’instrument passif, le bourreau, les exĂ©cuteurs font des efforts sauvages. Il faut que la force reste Ă  la Loi, c’est la maxime. L’homme se cramponne Ă  l’échafaud et demande grĂące, ses vĂȘtements sont arrachĂ©s, ses Ă©paules nues sont en sang. Il rĂ©siste toujoursĆ  Enfin, aprĂšs trois quarts d’heure, oui, trois quart d’heureĆ  ici l’avocat gĂ©nĂ©ral fait un signe de dĂ©nĂ©gation On nous chicane sur les minutes, disons trente cinq minutes de cet effort monstrueux, de ce spectacle sans nom, de cette agonie, agonie pour tout le monde, entendez-vous bien ! agonie pour le peuple qui est lĂ  autant que pour le condamnĂ©, aprĂšs ce siĂšcle d’angoisse, Messieurs les jurĂ©s, on ramĂšne le misĂ©rable Ă  la prison. Le peuple respire. Le peuple croit l’homme Ă©pargnĂ©. Point ! Et le soir, on prend un renfort de bourreaux, on garrotte l’homme de telle sorte qu’il ne soit plus qu’une chose inerte, et Ă  la nuit tombĂ©e on le rapporte sur la place publique, pleurant, hurlant, hagard, tout ensanglantĂ©, appelant la vie, appelant Dieu, appelant son pĂšre et sa mĂšre, car devant la mort cet homme Ă©tait redevenu un enfantĆ  On le hisse sur l’échafaud et sa tĂȘte tombe ! Jamais le meurtre lĂ©gal n’est apparu avec plus de cynisme et d’abomination. » CitĂ© par J-F Kahn dans L’Extraordinaire MĂ©tamorphose ou cinq ans de la vie de Victor Hugo 1847-1851 » ed. Le Seuil. Il s’agit d’une lettre envoyĂ©e par Victor Hugo au ministre de l’intĂ©rieur anglais Lord Palmerston le lendemain de l’exĂ©cution de Tapner. Tapner Ă©tait un assassin qui fut pendu Ă  Guernesey, Ăźle anglaise sur laquelle Victor Hugo Ă©tait en exil. DĂšs le point du jour une multitude immense fourmillait aux abords de la geĂŽle. Un jardin Ă©tait attenant Ă  la prison. On y avait dressĂ© l’échafaud. Une brĂšche avait Ă©tĂ© faite au mur pour que le condamnĂ© passĂąt. A huit heures du matin, la foule encombrant les rues voisines, deux cents spectateurs privilĂ©giĂ©s » Ă©tant dans le jardin, l’homme a paru Ă  la brĂšche. Il avait le front haut et le pas ferme ; il Ă©tait pĂąle ; le cercle rouge de l’insomnie entourait ses yeux. Le mois qui venait de s’écouler venait de le vieillir de vingt annĂ©es. Cet homme de trente ans en paraissait cinquante. Un bonnet de coton blanc profondĂ©ment enfoncĂ© sur la tĂȘte et relevĂ© sur le front, – dit un tĂ©moin oculaire, – vĂȘtu de la redingote brune qu il portait aux dĂ©bats, et chaussĂ© de vieilles pantoufles », il a fait le tour d’une partie du jardin dans une allĂ©e exprĂšs. Les bordiers, le shĂ©rif, le lieutenant-shĂ©rif, le procureur de la reine, le greffier et le sergent de la reine l’entouraient. Il avait les mains liĂ©es ; mal, comme vous allez voir. Pourtant, selon l’usage anglais, pendant que les mains Ă©taient croisĂ©es par les liens sur la poitrine, une corde rattachait les coudes derriĂšre le dos. Il marchait l’©il fixĂ© sur le gibet. Tout en marchant il disait Ă  voix haute Ah mes pauvres enfants ! A cĂŽtĂ© de lui, le chapelain Bouwerie, qui avait refusĂ© de signer la demande en grĂące, pleurait. L’allĂ©e sablĂ©e menait Ă  l’échelle. Le nŠud pendait. Tapner a montĂ©. Le bourreau d’en bas tremblait ; les bourreaux d’en bas sont quelquefois Ă©mus. Tapner s’est mis lui-mĂȘme sous le nŠud coulant et y a passĂ© son cou, et, comme il avait les mains peu attachĂ©es, voyant que le bourreau, tout Ă©garĂ©, s’y prenait mal, il l’a aidĂ©. Puis, comme s’il pressentait ce qui allait suivre, » – dit le mĂȘme tĂ©moin, – il a dit Liez-moi donc mieux les C’est inutile, a rĂ©pondu le bourreau. » Tapner Ă©tant ainsi debout dans le nŠud coulant, les pieds sur la trappe, le bourreau a rabattu le bonnet sur son visage, et l’on a plus vu de cette face pĂąle qu’une bouche qui priait. La trappe, prĂȘte Ă  s’ouvrir sous lui, avait environ deux pieds carrĂ©s. AprĂšs quelques secondes, le temps de se retourner, l’homme des hautes Šuvres » a pressĂ© le ressort de la trappe. Un trou s’est fait sous le condamnĂ©, il y est tombĂ© brusquement, la corde s’est tendue, le corps a tournĂ©, on a cru l’homme mort. On pensa, dit le tĂ©moin, que Tapner avait Ă©tĂ© tuĂ© raide par la rupture de la moelle Ă©piniĂšre. » Il Ă©tait tombĂ© de quatre pieds de haut [1,2 mĂštre], et de tout son poids, et c’était un homme de haute taille ; et le tĂ©moin ajoute Ce soulagement des cŠurs oppressĂ©s ne dura pas deux minutes. » Tout Ă  coup, l’homme, pas encore cadavre et dĂ©jĂ  spectre, a remuĂ© ; les jambes se sont Ă©levĂ©es et abaissĂ©es l’une aprĂšs l’autre comme si elles essayaient de monter des marches dans le vide, ce qu’on entrevoyait de la face est devenu horrible, les mains, presque dĂ©liĂ©es, s’éloignaient et se rapprochaient comme pour demander assistance, » dit le tĂ©moin. Le lien des coudes s’était rompu Ă  la secousse de la chute. Dans ces convulsions, la corde s’est mise Ă  osciller, les coudes du misĂ©rable ont heurtĂ© le bord de la trappe, les mains s’y sont cramponnĂ©es, le genou droit s’y est appuyĂ©, le corps s’est soulevĂ©, et le pendu s’est penchĂ© sur la foule. Il est retombĂ©, puis a recommencĂ©. Deux fois, dit le tĂ©moin. La seconde fois il s’est dressĂ© Ă  un pied de hauteur ; la corde a Ă©tĂ© Ă  un moment lĂąche. Puis il a relevĂ© son bonnet et la foule a vu ce visage. Cela durait trop, Ă  ce qu’il paraĂźt. Il a fallu finir. Le bourreau, qui Ă©tait descendu, est remontĂ©, et a fait, je cite toujours le tĂ©moin oculaire, lĂącher prise au patient. » La corde avait dĂ©viĂ© ; elle Ă©tait sous le menton ; le bourreau l’a remise sous l’oreille aprĂšs quoi il a pressĂ© les Ă©paules. » Le bourreau et le spectre ont luttĂ© un moment ; le bourreau a vaincu. Puis cet infortunĂ©, condamnĂ© lui-mĂȘme, s’est prĂ©cipitĂ© dans le trou oĂč pendait Tapner, lui a Ă©treint les deux genoux et s’est suspendu Ă  ses pieds. La corde s’est balancĂ©e Ă  un moment, portant le patient et le bourreau, le crime et la loi. Enfin, le bourreau a lui-mĂȘme lĂąchĂ© prise. » C’était fait. L’homme Ă©tait mort. Vous le voyez, monsieur, les choses se sont bien passĂ©es. Cela a Ă©tĂ© complet. Si c’est un cri d’horreur qu on a voulu, on l’a. La ville Ă©tant bĂątie en amphithéùtre, on voyait cela de toutes les fenĂȘtres. Les regards plongeaient dans le jardin. » In Actes et paroles. II, 1875 . Affaire Tapner 1834. A Lord Palmerston » extrait. Y Victor Hugo dĂ©fense de la culture Accueil DĂ©couvrez toutes nos Ă©tudes Hugo en exil Victor Hugo sur la grĂšve d'azette Victor Hugo sur le rocher des Proscrits Affiche de vente aux enchĂšres publiques du mobilier de Victor Hugo. Victor Hugo sur la grĂšve d'azette Date de crĂ©ation 1852 Date reprĂ©sentĂ©e 98-001973 / RMN4219298-001973 Victor Hugo sur le rocher des Proscrits Date de crĂ©ation 1853 Date reprĂ©sentĂ©e 98-002019 / PHO1986-123-159 Affiche de vente aux enchĂšres publiques du mobilier de Victor Hugo. Date de crĂ©ation 1852 Date reprĂ©sentĂ©e 1852 Date de publication Octobre 2003 Auteur StĂ©phanie CABANNE Le proscrit Dramaturge, romancier, poĂšte, Victor Hugo est devenu un monstre sacrĂ© de la littĂ©rature française. Au cours du XIXe siĂšcle son insatiable activitĂ© littĂ©raire se fait de plus en plus l’écho de son engagement politique. Connu d’abord comme le chef de fil des romantiques, il reste fidĂšle Ă  ses idĂ©aux royalistes jusqu’au milieu de la Restauration. Mais la censure qu’exerce Charles X sur la presse comme sur les Ɠuvres littĂ©raires le fait Ă©voluer vers le libĂ©ralisme. Quelques mois aprĂšs la premiĂšre d’Hernani, piĂšce autorisĂ©e mais dĂ©prĂ©ciĂ©e par les tenants du rĂ©gime, il soutient la rĂ©volution de 1830. Le peu d’écho rencontrĂ© par Les Burgraves et la mort de sa fille LĂ©opoldine en 1843 le dĂ©tournent un temps de la crĂ©ation au profit de l’activitĂ© politique. Devenu rĂ©publicain, il est Ă©lu dĂ©putĂ© en 1848 et siĂšge Ă  l’AssemblĂ©e constituante et Ă  l’AssemblĂ©e lĂ©gislative. Hugo bascule alors Ă  gauche et s’oppose au coup d’État de Louis NapolĂ©on Bonaparte du 2 dĂ©cembre 1851 en tentant d’organiser la rĂ©sistance. En vain. Opposant farouche Ă  NapolĂ©on III il doit s’exiler Ă  Bruxelles pour fuir la rĂ©pression qui s’abat sur les rĂ©publicains 26 000 arrestations, 9 500 personnes dĂ©portĂ©es Ă  Cayenne et en AlgĂ©rie et 1 500 expulsions dont 66 dĂ©putĂ©s. Son fils Charles le rejoint dans son exil, Ă  sa sortie de prison, Ă  la fin janvier 1852. Mais aussi longtemps que Victor Hugo ne publie pas d'ouvrages, voire de pamphlets contre le rĂ©gime de NapolĂ©on III, sa femme AdĂšle et sa fille peuvent parfaitement demeurer Ă  Paris. Le Prince-PrĂ©sident laisse jouer Marion de Lorme Ă  la ComĂ©die française. Il assiste mĂȘme Ă  une reprĂ©sentation oĂč il applaudit ostensiblement. En prenant la dĂ©cision d'Ă©crire d'abord L'histoire d'un crime qu'il n'achĂšve pas alors puis NapolĂ©on-le-Petit dont le titre est plus qu'une provocation Victor Hugo fait de lui-mĂȘme un proscrit. Fin mai 1852, AdĂšle Hugo vient discuter Ă  Bruxelles des dispositions Ă  prendre. La famille Hugo dĂ©cide de vendre tout son mobilier, pour se rĂ©unir Ă  Jersey avant la parution, en aoĂ»t 1852, de NapolĂ©on-le-Petit. L'affiche de la vente fait un certain bruit dans Paris. Il y a foule lors de l'exposition du mobilier. Outre la bibliothĂšque, une collection de tableaux flamands et de dessins romantiques, on est frappĂ© par la profusion d’objets de toutes origines et destinĂ©s Ă  tous les usages, qui anticipent sur l’ameublement et les bricolages extravagants de Hauteville House Guernesey. Cette vente n’a pas eu lieu comme certains l’ont cru parce que Victor Hugo Ă©tait ruinĂ©. Elle a mis une derniĂšre touche au portrait de celui qui campe alors sa posture d’exilĂ©. C’est une manifestation publique de son refus de la situation politique, en mĂȘme temps que la prĂ©paration de l’exil de sa famille. Hugo choisit l’üle de Jersey, terre francophone et libĂ©rale, oĂč, entourĂ© de ses proches et de quelques autres proscrits, il continue de manifester son opposition au rĂ©gime en publiant Ă  Bruxelles le pamphlet NapolĂ©on le Petit 1852 puis des vers vengeurs » au titre explicite, Les ChĂątiments 1853. Photos de l’exil L’exil est vĂ©cu comme une injustice, un deuil traversĂ© de crises de dĂ©couragement. Pourtant, les longues annĂ©es hors de France s’avĂšrent propices Ă  la crĂ©ation. Le contact avec la nature sauvage et le spectacle de l’ocĂ©an inspirent Ă  Hugo une poĂ©sie engagĂ©e, Les ChĂątiments, puis apaisĂ©e, Les Contemplations 1856. D’emblĂ©e, Hugo projette d’assortir ses Ɠuvres de portraits afin d’entretenir sa lĂ©gende, Ă  un moment oĂč son existence bascule dans l’Histoire. A l’époque, la technique du daguerrĂ©otype[1] ne permet la reproduction que par le biais de la lithographie, procĂ©dĂ© jugĂ© lourd » par Hugo qui va lui prĂ©fĂ©rer la photographie naissante[2]. Il pressent les possibilitĂ©s artistiques de cette dĂ©couverte et fait installer un atelier dans sa maison de Jersey. InitiĂ© Ă  cette technique par le rĂ©publicain Edmond Bacot, Charles, le fils d’Hugo, devient le principal exĂ©cutant du projet paternel. C’est Hugo pĂšre qui met en scĂšne les photographies, choisit les sites et les poses. Son Ɠil averti compose, Ă  la maniĂšre d’un peintre, des vues qui apparaissent comme les illustrations des vers composĂ©s au mĂȘme moment. Victor Hugo sur la grĂšve d’Azette 1852-1853 Hugo tient d’abord Ă  se rappeler au souvenir des Français en tant que rĂ©sistant, fidĂšle dĂ©fenseurs des idĂ©aux rĂ©publicains de 1848 et rejetant toute compromission amnistiĂ© en 1859, il refusera de rentrer en France. À cette fin, il prend place sur la grĂšve d’Azette, comme encerclĂ© par la mer, les bras croisĂ©s et le regard fixĂ© sur l’horizon. L’assurance de la pose, la stabilitĂ© de la composition dont il apparaĂźt comme le pivot » subtilement dĂ©saxĂ©, renvoient Ă  la conclusion d’ Ultima Verba[3] » Et s’il n’en reste qu’un, je serai celui-lĂ  ! Victor Hugo sur le rocher des Proscrits 1853 Hugo se veut aussi visionnaire et dĂ©miurge. Dans cette photographie qu’il apprĂ©ciait particuliĂšrement, des diagonales mĂšnent le regard au-delĂ  du promontoire dont la silhouette du poĂšte constitue le sommet, dĂ©couvrant dans les deux tiers de l’image une Ă©tendue vaste, ouverte sur l’infini, oĂč alternent harmonieusement des bandes sombres et claires. ExaltĂ©e, la figure du poĂšte apparaĂźt, face Ă  l’univers, la seule capable d’entrer en communication avec la nature et avec Dieu, ce qu’évoquent les vers de Stella[4] » Et pendant qu’à longs plis l’ombre levait son voile, J’entendis une voix qui venait de l’étoile Et qui disait
 Le rĂŽle du poĂšte Les photographies de Jersey s’avĂšrent d’une grande force. À l’époque, aucun artiste, qu’il soit peintre ou photographe, ne rivalise avec Hugo dans l’art de se reprĂ©senter. La maĂźtrise des clairs-obscurs et l’expressivitĂ© des poses rompent avec les reprĂ©sentations traditionnelles, beaucoup plus acadĂ©miques. Hugo a su tirer parti du caractĂšre direct et de la force poĂ©tique de la photographie pour imposer son image du poĂšte en exil. FidĂšle Ă  la conception romantique, il en fait un prophĂšte des temps modernes, prĂȘt Ă  recevoir la rĂ©vĂ©lation, juchĂ© sur le rocher des Proscrits tel MoĂŻse sur le SinaĂŻ. Le poĂšte est Ă©galement celui qui Ă©claire les peuples par la parole, ici la poĂ©sie dont le lyrisme s’accorde avec celui des photographies. Ainsi Hugo a-t-il lui-mĂȘme et consciemment façonnĂ© son propre mythe. Dans les dĂ©cennies suivantes, illustrateurs et caricaturistes rĂ©utiliseront l’image de Hugo sur son piĂ©destal », vĂ©ritable statue vivante. Cette reprĂ©sentation est en phase avec les attentes de la sociĂ©tĂ© du XIXe siĂšcle, comme le montrent les funĂ©railles du poĂšte en 1885 et la place qu’il prendra dans l’école de la IIIe RĂ©publique. Paul BĂ©nichou, Le Temps des prophĂštes, Paris, Gallimard, 1977. Sophie GROSSIORD, Victor Hugo, et s’il n’en reste qu’un
 », Paris, Gallimard, coll. DĂ©couvertes », 1998. Victor HUGO, Les ChĂątiments, rééd. Paris, Hachette, HUGO, Le Journal d’AdĂšle Hugo, Paris, Lettres modernes, Minard, 1968-1984. AdĂšle HUGO, Victor Hugo racontĂ© par AdĂšle Hugo, Paris, Plon, 1985. Hubert JUIN, Victor Hugo, tome II 1844-1870 », Paris, Flammarion, 1992. Catalogue de l’exposition La Gloire de Victor Hugo Galeries nationales du Grand Palais, 1985-1986, Paris, RMN, 1985. Catalogue de l’exposition En collaboration avec le Hugo, photographies de l’exil, Paris, MusĂ©e d’Orsay – Maison de Victor Hugo, 1998. 1. DaguerrĂ©otype procĂ©dĂ© mis au point par Daguerre en 1838, consistant Ă  fixer l'image sur une plaque mĂ©tallique. Le daguerrĂ©otype permet l'obtention d'un positif direct mais unique. 2. Photographie procĂ©dĂ© mis au point par Fox-Talbot en 1839 et introduite officiellement en France en 1847. Elle permet l'impression de multiples Ă©preuves positives Ă  partir d'un seul nĂ©gatif sur papier ou sur verre. 3. Ultima Verba », Jersey, 2 dĂ©cembre 1853, est le poĂšme qui clĂŽt Les ChĂątiments. 4. Stella », Jersey, 31 aoĂ»t 1853, in Les ChĂątiments. StĂ©phanie CABANNE, Hugo en exil », Histoire par l'image [en ligne], consultĂ© le 20/08/2022. URL Albums liĂ©s DĂ©couvrez nos Ă©tudes HonorĂ© de Balzac 1799-1850 Lorsqu’en 1837 Louis Boulanger exposa au Salon le portrait de Balzac, l’écrivain Ă©tait dĂ©jĂ  reconnu, mĂȘme s’il n’avait pas, loin de lĂ , achevĂ© son
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 Ce que c'est que la mort - Victor Hugo LA MORT ET LE DEUILTHEME GENERAL Ce que c'est que la mort "Les Contemplations" - 1856Victor HugoRĂ©citant Michel BouquetNe dites pas mourir ; dites naĂźtre. voit ce que je vois et ce que vous voyez ;On est l’homme mauvais que je suis, que vous ĂȘtes ;On se rue aux plaisirs, aux tourbillons, aux fĂȘtes ;On tĂąche d’oublier le bas, la fin, l’écueil,La sombre Ă©galitĂ© du mal et du cercueil ;Quoique le plus petit vaille le plus prospĂšre ;Car tous les hommes sont les fils du mĂȘme pĂšre ;Ils sont la mĂȘme larme et sortent du mĂȘme vit, usant ses jours Ă  se remplir d’orgueil ;On marche, on court, on rĂȘve, on souffre, on penche, on tombe,On monte. Quelle est donc cette aube ? C’est la suis-je ? Dans la mort. Viens ! Un vent inconnuVous jette au seuil des cieux. On tremble ; on se voit nu,Impur, hideux, nouĂ© des mille noeuds funĂšbresDe ses torts, de ses maux honteux, de ses tĂ©nĂšbres ;Et soudain on entend quelqu’un dans l’infiniQui chante, et par quelqu’un on sent qu’on est bĂ©ni,Sans voir la main d’oĂč tombe Ă  notre Ăąme mĂ©chanteL’amour, et sans savoir quelle est la voix qui arrive homme, deuil, glaçon, neige ; on se sentFondre et vivre ; et, d’extase et d’azur s’emplissant,Tout notre ĂȘtre frĂ©mit de la dĂ©faite Ă©trangeDu monstre qui devient dans la lumiĂšre un ange. _________________La poĂ©sie, c'est les paroles Ă©parses du rĂ©el Octavio Paz Permission de ce forumVous ne pouvez pas rĂ©pondre aux sujets dans ce forum

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